Jeanne ment... comme elle respire. Elle raconte des histoires rocambolesques, où elle apparaît tour à tour infirmière en Afrique, ou assistante d'un grand professeur de psychiatrie... Bref, la madone des démunis ! Quand on l'interroge sur sa vie elle rétorque blasée qu'elle n'a besoin de personnes pour régler des problèmes, problèmes qui varient sur qqe heures. Comme tous les individus atteints de mythomanie, Jeanne s'invente des origines prestigieuses, des actions héroïques, une vie privée qui fait rêver, etc...
Ses mensonges sont son oxygène. Elle a besoin d'eux pour exister. Jeanne ne peut s'empêcher de mentir. C'est cet automatisme, fonctionnant en roue libre, qui fait de la mythomanie une maladie grave, et des mythomanes, des êtres fascinants et angoissants. En effet, ils nous mentent sans la moindre gêne, aussi sûrs d'eux et souriants que s'ils disaient vrai.
Mythomanie n'est pas vantardise
On connaît mal la mythomanie : les ouvrages qui l'abordent ne sont pas légions et rarement accessibles au grand public. Du coup, on emploie ce terme à tort pour désigner, par exemple, la vantardise de celui qui nous abreuve de ses imaginaires exploits sportifs, de ses inexistantes performances professionnelles. Ou la tendance de certains à embellir la réalité pour se rendre plus intéressants aux yeux des autres. Mais eux, contrairement au vrai mythomane, savent pertinemment qu'ils mentent et sont prêts à le reconnaître. Ce n'est pas le cas de Jeanne.
D'ailleurs, aucun spécialiste n'est en mesure d'évaluer le degré de lucidité du mythomane. Nous avons tous des fantasmes «mégalos» qui nous permettent de protéger notre narcissisme, notre amour propre, face aux coups durs. Dès qu'un échec nous met le moral au plus bas, immédiatement une issue s'offre à nous : l'imagination. Nous nous voyons en sauveur de l'humanité, aidant des êtres en détresse, et suscitant l'admiration de tous, ou bien membres d'une famille célèbre, d'un clan plus intéressant que le nôtre. Ce sont précisément les images de nos scénarios mégalos les plus courants que véhiculent les affabulations des mythomanes.
Mais généralement, nous savons que nos fantasmes ne sont que des fantasmes, et nous les gardons pour nous (sauf, ponctuellement, quand nous avons envie de paraître, face à un personnage dont nous cherchons l'admiration). Ce n'est pas le cas du mythomane, qui, lui, les vit sans recul et en parle à tout le monde ( sauf peut être son entourage car ils savent comment est sa vie).
Jeanne réussit à s'attirer l'affection d'une autre jeune femme, Madeleine, fascinée par Jeanne qui prétend avoir tourné le dos à une existence aisée pour se consacrer aux êtres souffrants. Mais voila que cette Madeleine ment aussi, mais pour mieux escroquer ses semblables. Deux menteurs peuvent-ils s'entendre ? Si le menteur « normal » – y compris l'escroc – trompe sciemment son interlocuteur, le mythomane se trompe d'abord lui-même : l'autre, en tant qu'individu, compte peu, il n'est que le réceptacle – certes, indispensable – de ses affabulations : même si ses thèmes de prédilection sont de nature à inspirer le respect, l'admiration, ses récits sont d'abord destinés à son propre usage. En fait, il se parle à lui-même.
Une vie de mythomane n'a rien de facile. Pour rester dans son monde fantasmatique, qui la protège de la dureté du réel, Jeanne doit en permanence briser les liens noués à la faveur de son errance et délire mental. En effet, le pire, pour un mythomane, est d'être placé face à son mensonge et de perdre ainsi sa raison d'être. C'est pourquoi, lorsqu'il est découvert, le mythomane embraye immédiatement sur une nouvelle histoire. Mais une part de son psychisme est entamé. Et c'est l'angoisse.
Si le mythomane ne supporte pas la réalité telle qu'elle est, c'est d'abord qu'il ne se supporte pas lui-même tel qu'il est. Nous sommes là face à une pathologie du narcissisme, c'est-à-dire de l'amour de soi. Le mensonge du mythomane est d'être reconnu... pour ce qu'il n'est pas. Comme s'il lui fallait se dépeindre sous les traits d'un autre pour s'accorder le droit d'exister
Le mythomane, lui, par une sorte de décision de l'inconscient et pour éviter les frustrations, s'enferme dans un univers irréel. En fait, pour lui, le réel et la fiction sont équivalents.
Il préfère l'excitante jouissance du mensonge au plaisir tranquille de la réalité ordinaire
Les mythomanes se recrutent dans tous les milieux. On observe qu'ils ont généralement très tôt souffert d'un manque de soutien psychologique – un père ou une mère absent(e), ou trop préoccupé(e) par ses problèmes que pour donner de l'attention à son enfant. D'où une précoce et intense solitude intérieure, qui les poursuit et que leur vie imaginaire s'efforce de combler. Bien qu'aimé, le jeune mythomane est insatisfait de son sort ; il aurait voulu avoir plus d'amour, avoir d'autres qualités, ...
Les psychothérapies sont rarement efficaces concernant la mythomanie. Pour une bonne raison : si le mythomane est amené à en suivre une, c'est presque toujours à la demande de son entourage, inquiet pour lui, fatigué de ses frasques, de ses errances. Or, pour qu'une thérapie fonctionne, il est nécessaire que la personne qui présente des symptômes soit demandeuse. Lorsqu'il est pris d'angoisse – c'est-à-dire quand sa machine à fabuler se grippe –, le mythomane peut être tenté d'entamer un travail sur lui-même; Mais dès que l'angoisse s'apaise, il repart de plus belle dans son délire. Dans son inconscient, il préfère le mensonge au plaisir de la réalité ordinaire. De plus, une thérapie est une rencontre avec la vérité, perspective plutôt inintéressante pour un être qui fuit le vrai. Il est difficile de conseiller l'entourage d'un mythomane quant à l'attitude à adopter. Le suivre systématiquement dans ses mensonges, pour ne pas le heurter, ne l'aide pas : cela contribue à l'enfermer dans son monde imaginaire. Les dénoncer pour le forcer à accepter la réalité est inefficace : il a trop besoin de la fuir, c'est pour lui une question de survie. On reste donc très démuni devant cette pathologie. En fait, face à la mythomanie d'un proche, il appartient à chacun d'« inventer » l'attitude adéquate. Sans hésiter à se faire conseiller par un psychiatre.
Texte inspiré d' informations tirées d'un site de psychologie. Pourquoi avoir choisi ce sujet, tout simplement car c'est une pathologie dont on parle souvent, et qui touche bien plus de personnes qu'on ne le pense même si elle reste rare, mais dont on ne sait pas grand-chose.




